Wickert: Alors c'ètait important qu'il avait volé quelque chose de valeur. Cela donnait de valeur à l'hôtesse?
Ionesco: Oui, ça donnait de la valeur à l'hôtesse.
Wickert: Pourquoi est-ce que vous n'avez pas aimé Sartre?
Ionesco: Je ne l'ai pas aimé pour plusieurs raisons. C'est parque il changeait de couleur politque en permanence.
Wickert: Est-ce que Sartre était un personnage difficile quand on le rencontrait?
Ionesco: Oh non, mais on ne s'est pas vu très souvent. Mais j'ai entendu dire qu'on le considère comme le plus poli, le plus gentil du monde. Il avait pour moi une faiblesse. Mais à cause de ses changements permanentes, de ses contradictions permanentes moi je ne l'aimait pas. Cependant j'étais le seul ècrivain avec lequel il laissait jouer ses pièces. Donc il avait une sympathie pour moi. Et je rêvais de lui quelque temps avant sa mort et je lui ai dit - nous étions dans un théâtre - je lui ai dit: "Mais il n'y a personne dans ce théâtre pour moi." Et Sartre disait: 'Mais oui, regardez, sur l'Olympe, plein de gens." Et je dit à Sartre, dans mon rêve: "Comme j'aurais voulu vous connaître." Et il m'a repondu: "Trop tard. Trop tard." Parce que après avoir lu "La nausée" je l'aimait, mais non pas après "L'être et le néant" où il n'y a plus d'amitié entre les hommes, seulement des rapports de force. Après ça il a écrit d'autres livres. J'ai voulu en effet le connaître. Et il me manque, il me manque pour ma galerie d'écrivains et d'artistes parisiens.
Ionesco (au sujet de la peinture): Je peins parce que c'est une thérapeutique. Une excellente thérapeutique.
Wickert: Thérapeutique pourquoi?
Ionesco: Pour mes angoisses. Contre mes oppressions. Trop d'angoisses. Je suis débordé d'angoisses. Je ne pouvais plus vivre, tant j'avais des angoisses et des dépressions. Qu'elles sont justifiées quand je vois l'état du monde. Un medicin psychologue m'a dit: "Les névrosés ont raison." On essaie quand même de leur donner des médicaments pour cacher leur raisons. Parce que le monde est insupportable. Un homme qui a un certain sensibilité ne peux pas vivre dans ce monde. Ou il vit péniblement et mal. Et je vivais mal. Alors c'était une thérapeutique d'abord. Et aussi c'était mon horreur de la bavardage. Parce que j'avais écrit des pièces de théâtre pendant 30, 35 ans. Et il se parlait, se parlait, se parlait. J'avais horreur des mots. Ça faisait beaucoup de bruit. Alors j'ai eu besoin de silence. Et maintenant j'ai le silence. Sauf quand je vous parle.