Journal en miettes: « Suivre le courant le plus fort »
« Les petits malins réussissent, qui se plient aux événements. Ils suivent le courant le plus fort. Ainsi, ils sont toujours gagnants. Ils sont gagnants mais ils n’existent pas, ils ne sont pas puisqu’ils ne s’identifient qu’à des courant ; ils adoptent des formes ; ils sont informes.
Pour certains il est si facile de vivre, ils n’ont qu’à se laisser aller. Ils glissent. Moi je dois toujours escalader des montagnes que d’ailleurs je n’escalade pas.
Je suis de la race élue de ceux qui doivent faire l’impossible : hélas, je suis également un des plus fainéants de ma race : je ne bouge pas et les montagnes sont de plus en plus hautes et menaçantes. Si je ne vais pas vers elle, la montagne viendra vers moi. Je sens déjà la terre qui tremble, je vois les rochers menaçants qui vont tomber sur moi et m’écraser.
Je sais, je renonce à tout, je ne renonce pas à moi. C’est le contraire qu’il faut faire. »
Journal en miettes, pages 40-41